G8 – Much ado about nothing

J’avoue avoir exceptionnellement eu une certaine impatience à suivre les échanges du sommet qui s’est terminé vendredi.

En effet, si d’habitude les communiqués finaux sont rédigés longtemps à l’avance et si les journalistes doivent aller creuser dans les “à-cotés” ou les quelques face à face entre les personnalités présentes pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent, les choses ont été quelque peu différentes cette année car aucun accord n’était préalablement établi concernant les actions à mener face au changement climatique – pourtant sujet d’échange principal.

Cette impatience était toutefois parfaitement contre-balancée par le fait que je n’attendais strictement rien de positif à l’issu de ce sommet pour un demi-millier de raisons. Prenons-en deux parmi les plus flagrantes.

La première chose qui me vient à l’esprit ramène au sommet de 2005, à Gleneagles, où comme beaucoup j’ai assisté à l’annonce d’aides et de soulagements financiers massifs octroyés avec largesse à 18 pays du continent africain. On se souvient comment cette annonce d’un effacement de 50 milliards de dollars de dettes avaient été reçu avec enthousiasme par des grandes figures de la cause (comme Bono et Bob Geldof). La farce avait rapidement pris forme lorsque l’Italie et l’Allemagne s’étaient réfugiés derrière des contraintes budgétaires pour remettre en cause leur engagement et surtout lorsque seulement quelques jours après les annonces un document du FMI avait démontré que quatre de ses directeurs s’efforçaient de trouver les meilleures solutions pour s’affranchir ces mêmes engagements par différents biais. Au final, il semble que la cible sera ratée d’environ 22 milliards ! (Petite apartée ici, je recommande vivement le livre “La Grande Désillusion” de Joseph E. Stiglitz concernant le fonctionnement et le non-fonctionnement de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International sur un ton altermondialiste relativement raisonnable en terme de mauvaise foi).

D’une manière générale, le G8 voit assez peu de ses engagements être respectés par ses membres. Selon une étude du G8 Research Group les pays riches n’ont respecté que 20 % de leurs engagements contre le réchauffement pris en 2006 à Saint-Pétersbourg. Globalement, le G8 n’a tenu que 46 % de ses engagements depuis plus de dix ans. (source Libération).

Plus récemment, et de manière assez convenue, le président Bush a tenté de court-circuiter les négociations, quelques jours avant la rencontre des dirigeants, en proposant une série de discussions menées par les Américains entre les principaux pays pollueurs. Ces discussions avaient des objectifs on ne peut plus modestes et insignifiants, menant à tomber d’accord sur le fait de tendre vers mesures surtout pas engageantes. Il s’agit d’une tactique dont la préparation remonte à plusieurs mois et dont le maître d’oeuvre est James Connaughton, le conseiller à l’Environnement pour la Maison Blanche, qui s’est balladé sur le globe à cet effet. Avouons en passant que Tony Blair n’a fait qu’empirer les choses en y apposant sa signature avec enthousiasme.

Les raisons de ne pas y croire sont nombreuses, et pourtant les inconnues étaient suffisamment importantes pour que je me surprenne à scruter de très près les différents communiqués au fil des 48 heures de discussion.

Le sommet débuta par un important relant de Guerre Froide, lorsque, peu de temps avant de se rendre à Heiligendamm, le Président Poutine fît une déclaration, en retour aux projets américains de mettre en place une partie de leur bouclier de missiles en République Tchèque et en Pologne. En substance, il menaçait de diriger les armes nucléaires russes vers l’Europe si les Américains y positionnaient leurs radars et missiles intercepteurs. Voilà pour l’ambiance de départ.

Si Bush a su profiter de son passage en République Tchèque avant de se rendre au sommet pour répondre en qualifiant son système de “purement défensif” et destiné à des états comme l’Iran et la Corée du Nord plutôt la Russie, c’est finalement Poutine lui-même qui désamorça cette mini-crise dans la surprise générale en proposant aux Américains de positionner leurs bases de missiles en Azerbaïjan. As-t-on besoin d’autre preuve du caractère impulsif et insaisissable de Poutine ?

Concernant le sujet principal, le réchauffement climatique, si l’on peut convenir qu’aucune décision majeure n’a été prise et que les engagements énoncés sont tout au plus du domaine du symbolique, il ne faut pas sous-estimer pour autant les points marqués par l’efficace trio Blair-Merkel-Sarkozy face à un Bush qui du céder du terrain.

Il a bien fallu qu’ils se mettent à trois pour faire bouger le Président américain d’une position pas si lointaine que ça où le simple fait d’évoquer des négociations autour de la réduction de gaz à effets de serre était un deal-breaker et la fin du sommet. Non seulement sa tentative de “sabotage” par des négociations parallèles (voir plus haut dans l’article) a été rapidement désamorcée, mais il a aussi été conduit à franchir plusieurs de ses “lignes dures” au sein des négociations.

Les objectifs, annoncés dans le document de travail allemand diffusé en avril, étaient notamment de réduire l’émission des gaz à effet de serre de moitié d’ici 2050 (afin de restreindre le réchauffement planétaire à 2 degrés celsius), entraîner une augmentation de 20% de l’efficacité énergétique en 2020 et appliquer des programmes de “cap and trade” (où les droits d’émissions peuvent se vendre et s’acheter d’un pays à l’autre). Rien de très exigeant donc pusque nous y sommes dans les chiffres minimum annoncés par les experts pour restreindre le réchauffement climatique.

A la fin du sommet, on ne se retrouve finalement avec rien de tout ça. Tout au plus as-t-on une vague référence au cap and trade et une formulation plutôt incohérente, ou tout au mieux vague, dans laquelle les dirigeants “consider seriously the decisions made by the European Union, Canada and Japan which include at least a halving of global emissions by 2050”.

Bush a donc gagné car aucun engagement réel n’a été pris. Toutefois il faut regarder un peu plus loin et admettre que le chemin parcouru est considérable par rapport aux sommets précédents. Rien que le fait d’emmener le Président américain à mentionner de quelque manière que ce soit la réduction de 50% est un pas diplomatique significatif.

Reste le véritable échec de ce sommet à mon sens en l’absence de discussions avancées autour de la situation au Darfour, de l’indépendance du Kosovo et de l’évolution du conflit irakien.

Personnellement, ça m’a bien plus passionné que Roland Garros cette année.

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  1. […] G8 n’aura pas été si ennuyeux que ça (voir mon article complet à ce sujet). En tout cas, au moins pour ses participants si l’on en juge à la jovialité du Président […]



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