Le web, auteur de toutes les rumeurs et infatiguable colporteur de l’à-peu-près, est à l’origine de nombreux déboires d’entreprises. J’ai noté deux cas d’école récemment, aux impacts sensiblement différents.
Le téléphone n’a pas cessé de sonner chez Agematis ce dimanche et toute la matinée du lundi. Une armée de Mr et Mme Michu nous appelaient l’un pour son problème de Neuf Box qui n’arrivait pas, l’autre pour son téléphone Neuf qui ne fonctionnait plus, un troisième qui attendait toujours son “décroupage”, etc. Agematis était devenu une annexe du support technique de notre FAI numéroté préféré.
La raison en était simple mais vicieuse : le site geonumbers.com, dont la vocation est de fournir des numéros “alternatifs” aux numéros surtaxés dont de nombreux grands comptes usent et abusent, avait positionné le numéro du standard d’Agematis comme un moyen détourné de joindre le support technique de Neuf Cegetel !
Une quinzaine de jours avant cela, à une toute autre échelle (tout est question de référence), c’est le cours de l’action d’Apple qui a fait un coup de montagnes russes suite à la publication d’un simple post sur Engadget, qui est sûrement l’un des blogs les plus populaires du monde (le premier d’après Technorati). Le post annonçait le retard de deux produits de la firme fruitière (Leopard et l’iPhone), provoquant ainsi la baisse de l’action de près de 4 dollars ! Un rectificatif est arrivé rapidement, mais l’action ne remontera que doucement sans retrouver sa valeur d’ouverture. La perte cumulée pour ceux qui ont vendu dans la précipitation a été évaluée à 4 milliards de dollars. Le post dans lequel le blogueur fautif donne tous les détails est intéressant.
Deux échelles d’incidents pour une seule réalité : nous sommes tous soumis à des influences constantes et sans cesse renouvelées depuis que nous abreuvons nos cerveaux d’une multitude de pages web. Peu importe qu’elles soient contradictoires, peu importe qu’elles pêchent par manque de bon sens. Si c’est là, si c’est populaire, si les hits pleuvent, si le buzz résonne si fort, c’est qu’il y a anguille sous roche. Alors, on lit, on clique, et on y croit.
Et dire que s’ils avaient eu le 06 18 36 16 46 tous les problèmes eurent certainement disparu comme dans un rêve.