Je te tiens, tu me tiens…

20 millions de téléspectateurs.Histoire de faire au moins un post politique en cette période follement démocratique, je me suis permis d’aller jeter un oeil sur les commentaires de la presse étrangère concernant le débat qui nous a été présenté hier soir.

Dans l’ensemble, on peut considérer que le débat a été apprécié au moins dans sa forme. Comme le décrit le quotidien suisse Le Tempsce duel très attendu a tenu toutes ses promesses, tant l’échange a été nourri, substantiel, rythmé par des attaques souvent rudes“. La nature du débat fait dire au New York Times, dont la couverture de l’évènement a eu droit à la place d’honneur sur la homepage de leur site, que les deux candidats étaient “dans un style de confrontation très vive qui a disparu de la scène américaine, où les candidats s’évitent le plus possible“. Dans le même ordre d’idée, le journal canadien Le Devoir a estimé le débat comme “nettement moins figé que sa version québécoise“. Quant au prude Financial Time, il résume le débat de manière plus simple directement dans le titre de son article : “Sarkozy et Royal s’échangent des insultes dans un débat télévisé“. On ne peut pas être plus synthétique.

SégoLe comportement très opposé des candidats a été régulièrement soulevé. CNN décrit Sarkozy comme “l’un des orateurs les plus efficaces de la scène politique française dont les sondages montrent que le plus grand nombre pense qu’il a une stature présidentielle. Mais ses conseillers l’ont supplié d’adopter un profil bas et de contrôler ses instincts aggressifs“. Concernant Royal, la chaîne d’info américaine dit d’elle qu’elle “vise à devenir la première femme présidente de la France par la combinaison d’une politique économique de gauche et de valeurs sociales traditionnelles“. CNN précise qu’elle est “perçue avec plus de sympathie en ce qui concerne les sujets du quotidien, mais comme manquant d’assurance dans les détails de sa politique“.

Le New York Times résume assez bien les objectifs des deux candidats en expliquant que “Mr Sarkozy devait éviter de paraître comme un sexiste trop aggressif, Mme Royal devait prouver qu’elle avait une stature présidentielle“.

Le journaliste du journal Le Temps donne un bon point à la candidate socialiste en expliquant que “Durant le débat, Ségolène Royal s’est révélée comme une politicienne pugnace, déterminée, bien plus mordante que lors des longs discours prononcés durant sa campagne“.

Pour CNN, “Sarkozy a eu souvent l’air de s’être contenu durant le débat qui aura dépassé les deux heures initialement prévues, regardant rarement Ségolène Royal dans les yeux et s’adressant plutôt au couple de journalistes“.

Concernant le fond des échanges, le New York Times estime que “par moment, les candidats avaient plus l’air de s’affronter dans une course locale que de briguer la présidence d’une puissance nucléaire dotée de la sixième place économique mondiale“. Le quotidien enfonce le clou en précisant que “L’Irak et les relations avec les Etats-Unis n’ont, par exemple, jamais été évoqués“.

SarkoLe site de la chaîne d’info américaine CNN s’attarde sans surprise sur les échanges d’ordre économique et notamment sur le sujet des 35 heures (concept proche de la science-fiction outre-atlantique), “Assis en face à face, [les candidats] ont confronté leurs arguments sur les moyens de désendetter le gouvernement et réorganiser l’armée des fonctionnaires français, s’emportant tout particulièrement sur le sujet des 35 heures mis en place par le dernier gouvernement socialiste“.

Notons aussi que l’erreur commise par les deux candidats sur la proportion de l’électricité d’origine nucléaire en France n’est pas passée inaperçue. Devant Royal qui annonçait un 17% (!!) et Sarkozy qui a choisi de limiter son risque d’erreur avec un 50%, le New York Times tranche que “finalement, tous les deux avaient tort car la réponse est plus proche de 80%“.

20 millions de téléspectateurs.La BBC a eu la bonne idée de laisser un de ses journalistes pour regarder le débat auprès de militants UDF dans le quartier général du parti à Pau, le bastion de François Bayrou. Le moins que l’on puisse dire est que la foule n’a pas été emballée. Selon la chaîne anglaise, “les activistes ont eu peu d’éléments pour choisir entre les deux candidats“. D’un coté on pouvait trouver le militant qui, comme la majorité des gens présents, se sentait “repoussé par ce qu’il considère comme l’autoritarisme de Mr Sarkozy et par sa pêche aux votes d’extrème droite“, et d’un autre coté on rencontrait le militant qui, à l’instar de nombreux autres se sentait “consterné par la rhétorique de la vieille gauche de Mme Royal autant que par l’amateurisme qu’elle inspirait et le flou de son programme“. En fin de soirée, si beaucoup concluaient qu’ils allaient voter blanc ou avec de faux bulletins annotés “Bayrou”, un certain nombre (près d’un tiers) considérait Ségolène Royal comme étant le moins pire des choix.

Au final, le consensus se fait autour de l’absence de gain substantiel d’un coté comme de l’autre et sur un renforcement de positions déjà convenues. Pour les analystes de CNNle débat a principalement conforté les électeurs dans leur premier choix“.

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