Le cinéma de genre français recèle de nombreuses pépites. Pas assez nombreuses certes, mais il ne faut pas fouiller trop longtemps pour trouver des films excellents, dont certains ont même eu les honneurs du box-office ou de budgets conséquents. En voici une première palette avec des films récents qui abordent l’horreur, le polar, l’action, le fantastique et le film d’aventure. Nous aurons l’occasion de revenir dans ce rayon car il m’en reste encore un bon paquet en stock.
L’un de mes deux ou trois favoris de 2004. Tiré d’une histoire vraie et véritable exultoire pour son auteur et réalisateur Olivier Marchal qui a passé une bonne partie de sa vie dans la fameuse brigade antigang, 36 est un film dans la mouvance de Melville, ou plus récemment - et plus anecdotiquement - d’Alain Corneau. Capable de nous prendre aux tripes en évitant tout sacrifice sur l’autel du second degré (comme les polars l’ont trop souvent fait depuis 30 ans - école hollywoodienne oblige). Le film est passionnant de bout en bout, solidement interprété et réaliste dans la description de ce milieu du banditisme. Auteuil et Depardieu sont stupéfiants de crédibilité (les mêmes que l’on voyait faire les crétins dans Le Placard peu auparavant). Pas de psychologie à deux balles, pas d’effets héroïques faciles. Ici on est dans le polar noir. Le vrai, le dur, le tatoué. Pourvu que ce soit l’annonce d’un véritable comeback du genre…
Au moment où j’écris ces lignes je pense sincèrement qu’Alexandre Aja est l’un des meilleurs scénaristes et réalisateurs français. Définitivement dans mon top 5 en tout cas. Haute Tension pèse beaucoup dans cette opinion, même si c’est le remake de la Colline a des Yeux qui m’a fait poser le bonhomme sur un piédestal. Dans ce film, Aja applique avec attention la meilleure recette de la peur : suggérer plus que montrer. Si le film n’est pas exempt de défaut (notamment la fin - y compris son retournement- qui part un peu trop dans tous les sens). Haute Tension est représentatif d’un renouveau de qualité dans le cinéma de genre français et il a plus que jamais sa place dans cette sélection. Le DVD est d’une excellente qualité et fournit quelques bonus passionnants (souvent le cas lorsque les réalisateurs sont de bons geeks). Lorsque Alexandre Aja aura fait une grosse poignée de chefs-d’oeuvre dans 20 ans, on se retournera pour décortiquer ce film.
Voilà l’un des films qui m’a le plus pris par surprise ces dernières années, et encore la découverte d’un très grand talent frenchy. Je n’avais pratiquement rien lu ou entendu sur ce film avant de me traîner dans une salle pour aller le voir. Autant dire que je me suis pris une bonne claque. Assis sur l’influence évidente d’un Carpenter - et donc à travers lui de pléthore de bons westerns - le film prend le soin d’installer ses personnages (sans toutefois trop en dire sur eux), de décrire les lieux avec précisions, de camper le contexte. Près de trois quart d’heure d’une mise en place déployée avec un très grand sens du rythme. Pas de héros en premier plan. Pas de facilité. Les scènes d’action nous explosent alors à la tronche jusqu’à la fin et sont mises en valeur par un découpage sans faille. Magimel et Naceri (un tout autre homme que celui que l’on voit dans les sinistres Taxi) sont parfaitement à l’aise dans la relation complexe instaurée entre leurs deux personnages. Un très grand film.
Première production réussie de la société Bee Movies, Maléfique a été une discrète et très bonne surprise. Sur la base d’un huis-clos particulièrement intimiste (vu leur budget, ce n’est pas comme si ils avaient eu beaucoup le choix), le film campe les déboires de quatre prisonniers atypiques qui cherchent à s’évader de leur cellule en utilisant le grimoire d’un ancien prisionnier. Le film parvient à créer une ambiance glauque, poisseuse, jusqu’au malsain. Evitant de nombreux clichés et la facilité de l’humour, Maléfique parvient à créer une réelle tension et à nous prendre au jeu de la quête impossible que poursuive ces quatre freaks. Cornillac, qui n’avait pas encore joué dans toutes ses bouzes récentes, est le point fort de ce casting. Les effets et maquillages, disséminés avec talent sont de très bonne facture vu le budget. Et si la fin du film m’a paru plutôt bof, une telle initiative dans le genre est trop rare pour ne pas être saluée et soutenue.
Voici l’un de ces films que l’on aurait aimé voir être porté à son vrai potentiel. Indispensable dans une dvdthèque de geek car il s’agit d’une oeuvre généreuse et pleine de scènes superbes, le film souffre surtout d’être un kaléidoscope de styles et de genres dont la fusion n’est pas correctement faite. Christophe Gans, passionnant cinéphile si il en est, n’est pas totalement à la hauteur du projet dantesque qu’il s’était fixé mais nous offre un très grand film d’aventure dont le coté “je pars dans tous les sens” et aussi jouissif que perturbant. Le scénario souffre lui aussi de multiplier les pistes sans avoir une cohérence d’ensemble suffisant. Il reste à noter aussi que l’édition collector de ce film reste à ce jour la référence française en la matière tant l’image et le son ont bénéficié d’une qualité particulière et le contenu en terme de bonus est passionnant. Qu’importe donc ses défauts, le Pacte des Loups est un film attachant, réalisé par véritable fan de cinéma qui a transformé son rêve en réalité.
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