Conan le Barbare


Crâneur.

Genre :

Bordelic Fantasy.

 

Verdict :

Presque aussi épique qu’un épisode de Fort Boyard par gros temps.
1 / 5

 

Pichte :

Jeune, Conan coupe déjà plein de têtes. Son père est fier. Arrive alors le Colonel-d’Avatar qui tue tout le monde dans le village de Conan. Conan se fâche et crie très fort en levant son épée vers le ciel. Tout à coup Conan est très grand et très large. Il voyage beaucoup avec son copain black sorti de nulle part. Il a un bateau, c’est pratique. Le-Colonel-d’Avatar veut fabriquer un masque magique et kidnappe une blonde. Conan brise toutes sortes de crânes, sauve la blonde et retrouve Le-Colonel-d’Avatar. Conan le tue de toutes ses forces et se rend devant la tombe de son père. Conan crie très fort en levant son épée vers le ciel. Générique.

 

Ma (très) discutable opinion :

Je ne suis pas sûr qu’il faille s’arrêter longtemps sur le cas de ce Conan, tant le naufrage est consommé. Comme la majorité des fans du film original de John Milius, je voyais arriver ce remake particulièrement inutile avec tous les à-priori du monde. Si de bonnes surprises peuvent arriver sur de tels projets, ce n’est pas le cas ici, et le résultat est même pire qu’anticipé.

Jason Momoa n'est pas très content de ma critique.

Pas la peine de passer par quatre chemins pour désigner le coupable en la personne de Marcus Nispel, le réalisateur. Car l’essentiel de l’échec est ici lié à son incapacité à raconter une histoire cohérente, à instaurer une ambiance et à insuffler un tant soit peu de souffle – ou même de simple lisibilité – dans les scènes d’actions. Le talent de narrateur est d’autant plus critique lorsque le scénario rentre dans une fiche bristol et se résume à une histoire de vengeance particulièrement linéaire. Tous les efforts doivent alors être investis dans la progression de cette vengeance, ce que Milius avait su parfaitement faire il y a trente ans, avec une histoire aussi simpliste. A la place nous avons ici un enchaînement artificiel de scènes que rien ne semble lier, et qui donne une pénible structure façon jeu vidéo dans laquelle le héros doit affronter – par ordre de taille et de puissance – les lieutenants de son ennemi juré avant d’avoir l’accès au combat final. Les personnages secondaires sont de simples outils logistiques, et tout en étant persuadé qu’il n’y a pas de réelles mauvaises intentions politiques, je constate tout de même que l’ami black de Conan lui sert essentiellement de chauffeur, tandis que son ami arabe joue le voleur de service et va lui ouvrir toutes les serrures.

Coté ambiance on repassera aussi : si il est possible de croiser quelques plans d’ensemble de paysages superbes pris individuellement, l’ensemble du production design paraît cheap et vite emballé. Les grandes cités – élément important du decorum de Conan- se résument à la combinaison d’un plan large de carte postale en image de synthèse et d’un décor de studio unique et étriqué. Je me suis surpris à penser sur certaines scènes dans des souterrains que les décors étaient assez proches de ceux de Fort Boyard. Et si en dernier recours on se rattrape aux branches des scènes d’action dans une production du genre, ce n’est pas vraiment possible ici. Leur chorégraphie est particulièrement insipide, mais surtout elles sont montées à la hache (no pun intended) et sont réellement pénibles à suivre.

Ron Perlman se demande bien ce qu'il fout là.

Je reste toutefois persuadé que Jason Momoa était un bon choix de casting. Pour le moins très physique, et très félin dans ses mouvements, doté une voix de baryton très adaptée au rôle, il était une incarnation pour le moins intéressante de Conan. Et ce que nous avions eu l’occasion de découvrir dans la première saison de Game of Thrones (dans laquelle on peut dire qu’il incarnait déjà Conan) mettait en confiance. On est bien obligé de constater que son jeu n’est pas vraiment à la hauteur (les attentes ne sont pourtant pas très élevées sur ce rôle), ou – comme je tend à penser – la direction d’acteur l’a définitivement saboté (à titre de comparaison et sans être digne d’un oscar, il était tout à fait correct dans la série Stargate:Atlantis). Et que dire du politiquement correct de ce Conan édulcoré : où sont les orgies et les choix on ne peut plus douteux dictés par le seul instinct de survie du barbare ? Pas grand chose à sauver donc, et certainement pas l’affrontement final qui traîne en longueur et échoue à dégager le moindre point d’orgue.

A la fin, il ne faut pas oublier de citer le seul vrai Conan qui vaille, celui des nouvelles de Robert E. Howard. A ce jour, rien n’a égalé sur grand écran le souffle épique de ses textes et la puissance de son personnage (pas même le film de Milius, si réussi soit-il). Et si vous n’avez pas la possibilité de les lire en version originale, je recommande vivement l’excellent travail des éditions Bragelonne qui ont réuni en trois volumes l’intégralité des textes, ainsi que quelques inédits, dans une traduction révisée et de grande qualité et pour la première fois présentés dans l’ordre de leur rédaction.

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