JPod

JPodCopland n’est pas un maître de l’intrigue. En revanche, s’agissant de la forme, il est sûrement l’un des auteurs actuels les plus doués de la culture de masse nord-américaine. Generation X était déjà un brillant exemple au début des années 90, suivi quelques années après de Microserfs (qui décrit les pérégrinations d’une poignée d’employés microsoftiens qui se lancent dans la création d’une startup dans la Valley en 1995 – bien avant le sommet de la Bulle).

Peut-être mon bouquin préféré parmi ceux que j’ai lu cet été (mais objectivement pas forcément le meilleur) : JPod est une sorte de successeur spirituel à Microserfs. Le récit nous permet de suivre la vie de 6 personnages principalement au travers du regard d’Ethan, l’un d’entre eux. Travaillant tous dans des “cubes” (les fameux cubicles si chers aux sociétés nord-américaines) au sein d’une multinationale du jeu vidéo basée à Vancouver (si elle n’est jamais nommée dans le livre, je reste assez persuadé qu’il s’agit d’Electronic Arts), nous les découvrons dans le cadre de leur vie quotidienne (perturbée au début du roman par le fait qu’un grand ponte du marketing a décidé au dernier moment qu’il fallait introduire la présence d’une personnage à l’apparence d’une tortue pour accompagner le joueur dans un jeu de skate que la société est en train de terminer).

Ces 6 drones compensent un manque de sens et d’objectifs dans leurs vies en s’entourant de tout ce que cette récente ère électronique et capitaliste met à leur disposition : le C++, le karaoke, la junk food, les jeux vidéos, les BlackBerries, eBay, le mail, les Simpsons, etc. Comme le décrit l’un des personnages lui-même, ils ne sont que la fusion déprimante d’influences pop-culture et d’émotions réprimées, seulement poussé par le moteur toussotant de la forme la plus banale de capitalisme.

N’ayant finalement nulle part ailleurs où aller, ces habitants des cubes plongent dans un workaholism apparent, dont on s’aperçoit finalement assez rapidement que les 16 heures par jour qu’ils peuvent y passer seront en grande partie consacrées à trouver les moyens les plus extravagants de ne surtout pas travailler.

La substance du roman est donc empreint d’hyper-références à ce que bon nombre de trentenaires barbotant dans un milieu technico-junkie connaissent bien, jusqu’à provoquer une certaine nausée. Le tout est fort heureusement intégré dans une sympathique forme d’humour et un imbroglio d’histoires surréaliste où se mélangent pèle-mèle la mère d’Ethan très “weeds” qui cultive ses plants sous sa maison (et qui ouvre le roman en demandant l’aide de son fils pour cacher le corps d’un de ses clients cyclistes qu’elle a électrocuté par erreur), son frère – sorte de mercenaires – qui lui demande de l’aider à héberger quelques dizaines d’immigrés asiatiques (mais “juste pour une nuit”), et un mafieux chinois adepte des dances de salon. Entre autres.

Témoin involontaire de la vitesse des changements de nos vies électroniques, là où Microserfs visait dans le mille et décrivait très bien à son époque une réalité proche, JPod est curieusement déjà périmé dans sa vision de l’Internet très Google-Ebay-centric là où nous sommes déjà allègrement dans une ère des réseaux sociaux.

Je recommande vivement JPod car il fera office de miroir dérangeant pour certain, d’initiation intimidante pour d’autres et juste d’un livre bien écrit et très distrayant pour la plupart.

Comments
One Response to “JPod”
  1. Ruby says:

    J’ai beaucoup aimé Microserfs.
    Je vais tenter celui-ci !

Leave A Comment